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ADEME : 16 appels à projets ouverts été 2026, mais lesquels concernent vraiment les startups deeptech ?

ADEME : 16 appels à projets ouverts été 2026, mais lesquels concernent vraiment les startups deeptech ?

Quand un fondateur deeptech cherche des subventions, il regarde BPI France. Réflexe naturel. Puis France 2030, si le ticket visé dépasse le demi-million. L'ADEME ? Rarement en première position. Trop « verte », trop « industrielle », trop « pas pour nous ».

C'est une erreur.

Sur les 171 aides que nous indexons au 5 juin 2026, l'ADEME représente 16 appels à projets ouverts — soit le deuxième catalogue actif derrière les dispositifs régionaux (32 aides) et loin devant France 2030 (4 programmes accessibles via le portail ADEME). Sauf que les 16 AAP ne se valent pas. Certains financent des vélos cargo en Outre-mer, d'autres peuvent injecter plusieurs millions dans un projet de décarbonation industrielle porté par une brique technologique de rupture.

J'ai épluché les 16 fiches une par une. Le tri est parfois cruel, mais au moins il est clair.

Le catalogue ADEME au 5 juin 2026 : vue d'ensemble

Voici les 16 programmes ouverts avec leurs deadlines, classés par date de clôture :

Programme Deadline Thématique principale Pertinence deeptech
CEE Leasing social – AMI loueurs 11 juin 2026 Mobilité sociale Faible
Réemploi/reconditionnement AURA 12 juin 2026 Économie circulaire Moyenne
Parcours économies d'énergie 15 juin 2026 Conseil énergie Nulle
Économie fonctionnalité Corse 15 juin 2026 Modèles économiques Nulle
Mobilogs Phase 2 22 juin 2026 R&D mobilité/logistique Forte
Prêt décarbonation artisans 5 juillet 2026 Artisanat Nulle
Décarbonation transport maritime 6 juillet 2026 Maritime Moyenne
Santé des sols forestiers 28 juillet 2026 Foresterie Faible
DECARB IND 25 – 2ᵉ relève 7 sept. 2026 Industrie Forte
Grands Projets Décarbonation 2026 7 sept. 2026 Industrie lourde Forte
Mobilité douce Réunion/Mayotte 15 oct. 2026 Mobilité outre-mer Nulle
Froid performant Outre-mer/Corse 15 oct. 2026 Énergie Faible
Mobilité co-bénéfices Occitanie 31 déc. 2026 Qualité de l'air Faible
ORENO hébergement social 31 déc. 2026 Rénovation bâtiment Faible
ORMAT 2026 31 déc. 2026 Recyclage matières Moyenne
BCIB 1ᵉʳ mai 2026 Biomasse bois Expirée

Premier constat : un programme est déjà fermé (BCIB, clôturé le 1ᵉʳ mai). Il reste donc 15 AAP réellement accessibles.

Deuxième constat, plus rude : sur ces 15 programmes, seulement 4 présentent une pertinence « forte » ou « moyenne-haute » pour une startup deeptech. Les 11 autres ciblent des acteurs très spécifiques — artisans, gestionnaires d'hébergement social, collectivités ultramarines — ou des thématiques sans lien direct avec la R&D technologique de rupture.

Les 4 programmes ADEME qui méritent l'attention d'un fondateur deeptech

1. DECARB IND 25 – 2ᵉ relève (deadline : 7 septembre 2026)

Le programme phare. DECARB IND finance la décarbonation des sites industriels par des investissements technologiques : récupération de chaleur fatale, électrification de procédés, capture carbone, hydrogène vert. Le budget par projet se chiffre régulièrement en millions d'euros.

Pourquoi c'est pertinent pour la deeptech : si votre techno s'applique à un process industriel — même partiellement — DECARB IND peut financer la démonstration sur site réel. Le TRL attendu est généralement de 6 à 8. C'est exactement la zone où les startups deeptech peinent à trouver des fonds, comme l'ont confirmé nos données sur les 171 aides indexées en juin.

La 2ᵉ relève de 2025 (qui s'étend en 2026) fixe sa clôture au 7 septembre. Cela laisse trois mois pour monter un dossier. Faisable, si — et c'est un gros « si » — le partenaire industriel est déjà identifié. Sans industriel porteur ou co-porteur, le dossier ne passera pas la première lecture.

2. Grands Projets Industriels de Décarbonation 2026 (deadline : 7 septembre 2026)

Même deadline, même direction, échelle différente. Ce programme cible les projets industriels de grande envergure — typiquement au-dessus de 10 millions d'euros d'investissement. Pour une startup deeptech seule, c'est hors de portée. Mais en tant que fournisseur de brique technologique intégrée dans un projet porté par un grand industriel ? Le ticket d'entrée devient accessible.

Un point que beaucoup de fondateurs ignorent : le grand groupe qui porte le projet ADEME a souvent intérêt à intégrer une startup en partenaire pour renforcer la dimension « innovation de rupture » de son dossier. Le financement ADEME couvre alors partiellement la R&D de la startup, via un sous-lot dédié.

3. Mobilogs Phase 2 (deadline : 22 juin 2026)

Mobilogs est un programme de co-construction de connaissances autour des mobilités et logistiques soutenables. La Phase 2 est plus appliquée que la première : elle finance des démonstrateurs, des plateformes de données, des outils d'aide à la décision. Les montants varient selon le consortium, mais un porteur académique ou industriel avec une startup deeptech en partenaire peut viser entre 200 000 € et 2 millions €.

Attention : la deadline est dans 17 jours. Si vous n'êtes pas déjà en discussion avec un consortium constitué, c'est probablement trop tard pour cette vague.

4. ORMAT 2026 – Objectif Recyclage Matières (deadline : 31 décembre 2026)

Le programme ORMAT finance les projets de recyclage et de valorisation des matières premières secondaires. C'est plus ouvert que les trois précédents : une startup deeptech qui développe un procédé de tri, de purification ou de recyclage chimique a sa place.

La deadline au 31 décembre offre une marge de manoeuvre confortable. Le Fonds Économie Circulaire de l'ADEME, dont ORMAT est une composante, affiche un plafond théorique de 3 millions d'euros — même si les montants accordés dans la pratique se situent plutôt entre 100 000 € et 800 000 € pour une startup.

Ce que l'ADEME finance que BPI et France 2030 ne couvrent pas

La question mérite d'être posée. Si i-Démo (France 2030) finance déjà la maturation deeptech entre TRL 5 et 8, avec des tickets de 500 000 € à 5 millions €, pourquoi s'embêter avec l'ADEME ?

Trois raisons.

Le site industriel réel. i-Démo finance du développement technologique. DECARB IND finance l'intégration de cette technologie dans un site industriel existant. La nuance est plus qu'administrative : pour un dossier i-Démo, la startup porte le projet. Pour DECARB IND, l'industriel porte et la startup fournit la brique. Les deux dispositifs se complètent séquentiellement.

La dimension territoriale. Plusieurs AAP ADEME sont co-financés par les régions. Un projet ADEME en Auvergne-Rhône-Alpes peut débloquer simultanément des fonds régionaux, alors qu'un projet i-Démo reste géré au niveau national. Pour les startups implantées hors Île-de-France, c'est un levier non négligeable.

Le cumul. Un fondateur que j'ai croisé lors d'un événement BPI à Lyon en mars dernier — CEO d'une startup de capture CO₂ basée à Grenoble — a financé sa preuve de concept via la Bourse French Tech (30 000 €), puis sa démonstration labo via i-Démo (1,2 M€), et visait DECARB IND pour le passage à l'échelle industrielle chez un cimentier partenaire. Trois guichets différents, trois étapes. Aucun n'aurait suffi seul.

Ce parcours n'est pas un cas isolé. Notre comparatif des guichets deeptech détaille les différences de TRL, de montant et de sélectivité entre ces canaux.

Les pièges à éviter sur les AAP ADEME

L'ADEME a ses particularités. Quelques-unes qui reviennent souvent.

Le partenariat obligatoire. La majorité des AAP ADEME exigent un consortium ou, au minimum, un partenaire industriel. Pour une startup deeptech early-stage sans réseau industriel, c'est un mur. La solution : passer par les pôles de compétitivité (Axelera, Derbi, Tenerrdis) qui tiennent des listes de grands groupes cherchant des partenaires technologiques pour leurs dossiers ADEME.

Les délais de versement. L'ADEME n'est pas BPI. Les délais entre la notification de l'aide et le premier versement dépassent fréquemment 6 mois, parfois 9. Il faut anticiper cette trésorerie. Une Bourse French Tech arrive en quelques semaines. Un financement ADEME, non.

Le reporting. Les exigences de reporting ADEME sur les indicateurs environnementaux sont substantielles. Si votre technologie est deeptech mais sans impact environnemental direct mesurable, le dossier sera difficile à défendre. L'ADEME ne finance pas la deep tech pour la deep tech — elle finance la transition écologique avec de la deep tech. La nuance est essentielle.

Calendrier résumé pour l'été 2026

Pour les fondateurs deeptech qui lisent ceci début juin, voici la chronologie :

  • 11-22 juin : 5 deadlines ADEME, dont Mobilogs (seule pertinente pour la deeptech) — fenêtre quasi fermée
  • 5-6 juillet : 2 clôtures (maritime, artisans) — pertinence deeptech faible
  • 28 juillet : Santé sols forestiers — niche
  • 7 septembre : DECARB IND + Grands Projets — fenêtre principale, 3 mois pour monter le dossier
  • Fin 2026 : ORMAT, ORENO, mobilité Occitanie — deadlines souples, pertinence variable

La vraie fenêtre d'action est le 7 septembre. Tout le reste est soit trop proche, soit trop éloigné de la deeptech.

Faut-il intégrer l'ADEME dans sa stratégie de financement ?

La réponse dépend du secteur. Si votre startup développe une technologie applicable à la décarbonation industrielle, à l'économie circulaire ou à la mobilité durable, l'ADEME est un passage obligé. Pas une option — un passage obligé.

Si votre deeptech est purement numérique, santé, ou défense ? L'ADEME n'a rien pour vous. Concentrez-vous sur BPI et France 2030.

Quatre programmes sur seize. C'est peu. Mais ces quatre programmes — particulièrement DECARB IND — peuvent représenter des tickets de plusieurs millions d'euros, avec des taux de sélection parfois plus favorables que les guichets nationaux saturés. Dans notre classement critique des canaux de financement deeptech, l'ADEME se place en troisième position pour les deeptech à vocation industrielle.

L'outil de matching aide/startup de SubventionsTech vous permet de filtrer les 171 dispositifs indexés selon votre TRL, votre secteur et votre région — y compris les AAP ADEME encore ouverts.