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164 aides deeptech indexées en juin 2026 : deadlines, montants et sources passés au crible des données

164 aides deeptech indexées en juin 2026 : ce que les données disent vraiment sur les montants, les deadlines et les sources

Un tableur. Toujours un tableur. Quand j'ai commencé à agréger les dispositifs de financement public accessibles aux startups deeptech françaises, le fichier tenait sur 30 lignes. C'était en avril. Deux mois plus tard, au 5 juin 2026, la base indexe 164 aides distinctes provenant de cinq sources majeures : BPI France, France 2030, ADEME, les Régions et Horizon Europe.

Ce qui frappe, ce n'est pas le volume. C'est la distribution.

Les fondateurs deeptech avec qui j'échange mentionnent quasi systématiquement trois noms : BPI, France 2030, EIC Accelerator. Or les données racontent une histoire assez différente de ce réflexe. Les régions, par exemple, représentent à elles seules 32 dispositifs sur les 53 appels à projets scrapés directement depuis les portails institutionnels. BPI, malgré sa notoriété, n'en affiche que 4 dans notre périmètre — et son portail bloque même le scraping automatique depuis mi-mai (erreur 403 via CloudFront).

Cet article pose les chiffres à plat. Pas de recommandation miracle, pas de « top 5 incontournable ». Juste la lecture d'un dataset qui permet de prendre des décisions mieux informées avant l'été.

Répartition par source : les régions dominent le catalogue

La première surprise se situe dans la ventilation par organisme financeur. Voici la répartition des 53 appels à projets (AAP) scrapés directement depuis les portails institutionnels ADEME, France 2030, Régions et Horizon Europe au 5 juin 2026 :

Source Nombre d'AAP Part du total (53 AAP) Nouveaux cette semaine
Régions 32 60,4 % 2
ADEME 9 17,0 % 0
Horizon Europe 8 15,1 % 0
France 2030 4 7,5 % 0

60 % des appels à projets proviennent des régions. Le chiffre est stable depuis trois semaines. France 2030, que beaucoup considèrent comme le canal principal de financement deeptech, ne pèse que 7,5 % du catalogue. Quatre dispositifs. Certes, ce sont des enveloppes massives — i-Démo peut aller jusqu'à 5 millions d'euros, 1ères Usines jusqu'à 50 millions — mais en termes de diversité d'accès, le rapport est de 1 à 8 avec les régions.

Le reste de la base (111 aides supplémentaires) provient de l'agrégateur les-aides.fr et inclut des subventions régionales, des dispositifs ADEME complémentaires, et des aides sectorielles (Ville de Paris, Toulouse Métropole, ADEC Corse, etc.). Ces dispositifs n'ont pas toujours de deadline précise, mais ils élargissent considérablement le spectre pour une startup qui sait chercher au bon endroit.

Distribution graphique des AAP par source

Régions        ████████████████████████████████  32
ADEME          █████████                          9
Horizon Europe ████████                           8
France 2030    ████                               4
               ──────────────────────────────────
               0    5    10   15   20   25   30  35

La domination des régions tient à un facteur structurel : chaque conseil régional gère ses propres dispositifs. Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Sud, Île-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté — tous proposent des aides à l'innovation, à la transition énergétique ou à l'export. Le résultat, c'est un mille-feuille. Mais un mille-feuille où certaines couches sont bien plus accessibles qu'un guichet national.

Sur les 111 aides issues de les-aides.fr, on retrouve notamment le dispositif INNOV'up en Île-de-France (porté conjointement par la Région et BPI), CEDRE Premiers Pas et CEDRE Investissement en Région Sud pour la transition écologique, ou encore le Contrat Entreprise d'Avenir en Occitanie. Leur point commun : des critères d'éligibilité souvent plus souples que les programmes nationaux, des montants modestes (de 5 000 € à 500 000 € en général), et surtout une instruction plus rapide. Là où un dossier i-Démo prend six à neuf mois, une aide régionale peut aboutir en six à douze semaines.

Le revers de la médaille, c'est la fragmentation. Chaque région a ses propres formulaires, ses propres plateformes, ses propres calendriers. Aucune ne publie une API ouverte. Le travail de veille est donc mécaniquement plus lourd quand on sort des grands guichets nationaux.

Le calendrier des deadlines été 2026 : 7 fermetures avant juillet

Le deuxième axe d'analyse concerne les échéances. Pour un fondateur deeptech, rater une deadline de deux jours, c'est attendre la relève suivante — quand elle existe. Voici la chronologie des fermetures entre le 5 juin et le 30 septembre 2026, extraite de notre base :

Juin 2026 — 7 AAP ferment

11 juin  ─── CEE Leasing social (ADEME)
12 juin  ─── Réemploi/Reconditionnement AURA (ADEME)
15 juin  ─── Mon parcours économies d'énergie (ADEME)
15 juin  ─── Économie fonctionnalité Corse (ADEME)
22 juin  ─── Mobilogs Phase 2 (ADEME)
25 juin  ─── EIC ScaleUp BAS-02 (Horizon Europe)

Six dates. Sept AAP. Dont cinq portés par l'ADEME. Le rythme est dense : trois fermetures en quatre jours entre le 11 et le 15 juin. Autrement dit, au moment où vous lisez ces lignes, certaines de ces fenêtres sont déjà closes ou sur le point de l'être.

Juillet–Septembre 2026 — le vrai pic de l'été

Date limite Dispositif Source Secteur principal
5 juillet Prêt décarbonation artisans ADEME Industrie / PME
6 juillet Décarbonation transport maritime ADEME Transport
15 juillet CRESCE 2026 ADEC (Corse) Économie productive
28 juillet Santé des sols forestiers ADEME Environnement
4 août iCapital Innovation Prize Horizon Europe Collectivités
2 septembre EDCTP3 Prizes (3 prix) Horizon Europe Santé globale
7 septembre DECARB IND 25 — 2e relève ADEME Industrie
7 septembre Grands Projets Industriels Décarbonation ADEME Industrie lourde
9 septembre MSCA Postdoc Fellowships Horizon Europe Recherche
15 septembre i-Démo (prochaine vague) France 2030 Deeptech

Dix dates, treize dispositifs. Le 7 septembre concentre à lui seul deux AAP ADEME majeurs liés à la décarbonation industrielle. Et la vague i-Démo du 15 septembre reste le rendez-vous le plus attendu de la rentrée pour les startups deeptech en phase de maturation (TRL 5-8).

Un détail qui échappe souvent : la deadline d'EIC ScaleUp au 25 juin cible spécifiquement le passage à l'échelle. Elle ne concerne pas les mêmes profils que l'EIC Accelerator classique (dont la vague du 5 juin vient tout juste de se fermer). Deux guichets européens, deux logiques radicalement différentes.

Répartition mensuelle des fermetures

Juin       ███████   7 AAP
Juillet    ████      4 AAP
Août       █         1 AAP
Septembre  █████     5 AAP
           ─────────────────
           0  1  2  3  4  5  6  7  8

Août est un quasi-désert. C'est logique — les administrations tournent au ralenti. Mais cela signifie aussi que les dossiers soumis en juillet sont souvent instruits plus lentement. Septembre marque la reprise avec des enveloppes conséquentes.

Un pattern apparaît quand on croise ces données avec les éditions précédentes : les deadlines ADEME se concentrent sur deux fenêtres — mi-juin et début septembre. L'agence semble calibrer ses AAP pour laisser un creux estival net, puis relancer les appels à la rentrée. Pour une startup qui planifie son calendrier de dépôt, c'est une information tactique : mieux vaut avoir ses livrables prêts dès mi-août pour viser les relèves de septembre, plutôt que de se retrouver à monter un dossier DECARB IND en plein mois d'août avec des prestataires en congé.

Montants : l'écart va de 30 000 € à 50 millions

L'amplitude des montants accessibles reste le point le plus sous-estimé de l'écosystème. Quand on parle de « subvention deeptech » en général, on imagine quelque chose entre 200 000 € et 2 millions. Les données montrent un spectre beaucoup plus large.

Dispositif Fournisseur Type Montant max TRL ciblé
Bourse French Tech BPI France Subvention 30 000 € 3–5
French Tech Seed BPI France Co-investissement 500 000 € 4–7
ADI BPI France Subvention 3 000 000 € 6–8
Fonds Éco. Circulaire ADEME Subvention 3 000 000 € 6–9
Prêt Innovation BPI France Prêt 5 000 000 € 6–9
i-Démo France 2030 Subvention 5 000 000 € 5–8
EIC Accelerator Horizon Europe Subvention + equity 17 500 000 € 6–9
1ères Usines France 2030 Subvention 50 000 000 € 7–9

Le rapport entre la Bourse French Tech (30 000 €) et 1ères Usines (50 millions €) est de 1 à 1 667. Ce n'est pas le même monde. Ce n'est pas la même startup. Ce n'est pas le même dossier.

Et pourtant, ces huit dispositifs ciblent tous — d'une manière ou d'une autre — l'innovation technologique profonde.

Montants maximaux par source (échelle logarithmique conceptuelle)

BPI Bourse FT     │  30 K€
BPI FT Seed       │████  500 K€
ADEME Éco Circ.   │██████████  3 M€
BPI ADI            │██████████  3 M€
BPI Prêt Innov    │████████████  5 M€
France 2030 i-Démo│████████████  5 M€
EIC Accelerator   │████████████████████  17,5 M€
France 2030 Usines│█████████████████████████████  50 M€
                   └──────────────────────────────
                    0         10M        20M       50M

Le point à retenir : les dispositifs en accès continu (BPI) plafonnent à 5 millions. Pour dépasser ce seuil, il faut passer par des vagues à dates fixes (France 2030, Horizon Europe), avec une sélectivité plus forte et des délais d'instruction plus longs.

La question des TRL : un filtre que peu de fondateurs calibrent correctement

Le TRL (Technology Readiness Level) conditionne l'éligibilité à la plupart des guichets. Notre base enrichie permet de visualiser la couverture.

TRL 1-3  ──── Bourse French Tech uniquement (BPI)
TRL 4-5  ──── Bourse FT + French Tech Seed
TRL 5-6  ──── i-Démo (France 2030) commence ici
TRL 6-7  ──── Zone dense : ADI, Prêt Innovation, ADEME, i-Démo
TRL 7-8  ──── ADI, Prêt Innovation, i-Démo, 1ères Usines
TRL 8-9  ──── EIC Accelerator, 1ères Usines, Prêt Innovation

Le trou se situe entre TRL 3 et TRL 5. La Bourse French Tech (30 000 € max) est souvent le seul dispositif non-dilutif accessible à une startup en phase de maturation précoce. French Tech Seed, qui démarre au TRL 4, est un co-investissement — il faut déjà avoir une levée privée en cours.

J'ai échangé récemment avec un fondateur qui développait un procédé de stockage thermochimique (TRL 4). Il cherchait une subvention de 150 000 € pour financer ses essais pilotes. La réponse du marché : il n'y en a pas. La Bourse FT plafonne à 30 000 €. i-Démo demande un TRL 5 minimum. Le Prêt Innovation exige un TRL 6. La réalité du financement deeptech early-stage en France, c'est ce gap.

On pourrait argumenter que le CIR (Crédit d'Impôt Recherche) comble partiellement cette lacune. C'est vrai sur le papier. Mais le CIR n'est pas une subvention : c'est un remboursement fiscal a posteriori, versé avec un décalage d'un à deux ans pour les jeunes entreprises. Pour une startup qui brûle du cash à TRL 4, le CIR ne résout pas le problème de trésorerie immédiat. Les deux logiques ne se superposent pas.

Côté TRL élevé (7-9), la densité de dispositifs est bien meilleure. Quatre guichets majeurs se chevauchent : ADI, Prêt Innovation, 1ères Usines et EIC Accelerator. Le paradoxe, c'est que les startups les plus avancées technologiquement — donc les moins risquées sur le plan technique — ont le plus de choix en financement public. Le financement suit la maturité, pas le besoin.

Ce que la donnée ne montre pas (et c'est un problème)

Quelques limites à signaler. La base de 164 aides ne prétend pas être exhaustive. Le scraping de BPI est bloqué depuis la semaine 20 — erreur 403 via CloudFront — ce qui signifie que les quatre guichets BPI de notre base proviennent d'un instantané d'avril. Si de nouveaux AAP BPI ont été lancés depuis, ils n'apparaissent pas.

Par ailleurs, les données régionales issues de les-aides.fr ne contiennent pas toujours de deadline. Sur les 111 aides complémentaires agrégées, une majorité affiche « deadline: null ». Cela ne veut pas dire qu'elles sont permanentes — certaines peuvent fermer sans préavis. Le champ est simplement non renseigné par la source.

Dernière nuance : les montants enrichis pour les aides régionales de les-aides.fr sont des estimations basées sur des fourchettes typiques du type de dispositif. Les montants exacts des guichets BPI, France 2030, ADEME et Horizon Europe, eux, proviennent directement des fiches officielles.

Trois observations tirées des données

1. L'ADEME est le financeur le plus actif en AAP dédiés cet été. Neuf appels à projets ouverts, dont sept avec une deadline avant fin septembre. C'est plus que France 2030 et Horizon Europe réunis. Pour les startups positionnées sur la décarbonation ou l'économie circulaire, l'ADEME reste le guichet à surveiller en priorité.

2. Les régions compensent la faible diversité des guichets nationaux. Trente-deux dispositifs régionaux, c'est autant de portes d'entrée pour des startups qui ne cochent pas encore les cases TRL ou taille critique des programmes France 2030. Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie et Sud se distinguent par le nombre de dispositifs proposés.

3. Le gap TRL 3-5 reste la zone morte du financement non-dilutif. Entre la Bourse French Tech à 30 000 € et i-Démo à partir de 500 000 €, le continuum est rompu. Ce n'est pas une découverte — mais le dataset le confirme de manière factuelle.

Comment utiliser ces données

La base complète est accessible via notre outil de matching gratuit. Le principe : un questionnaire rapide (secteur, TRL, montant recherché, région) qui filtre les 164 aides et renvoie les dispositifs applicables. Pas de promesse de résultat, pas de dossier monté à votre place — juste un tri qui évite de passer trois semaines à éplucher les portails un par un.

Pour ceux qui veulent creuser des angles spécifiques, notre comparatif BPI vs France 2030 vs EIC Accelerator détaille les critères de sélection guichet par guichet. L'analyse des 5 canaux de financement deeptech en France complète cette vue avec un classement critique. Et le bilan hebdomadaire de la semaine 2 de juin fait le point sur les fermetures récentes et les nouvelles ouvertures.


Données extraites de la base SubventionsTech au 5 juin 2026. 164 aides indexées, 5 sources institutionnelles, scraping automatisé quotidien. Base accessible gratuitement via l'outil de matching.